NEW !!! Lettres aux résidents Baschung (livre)

Le 1er décembre 2010 verra la sortie du livre "Lettres aux résidents Baschung" écrit par Evelyne Kesselring Ravidat, cousine d'Alain Bashung.

Vous pouvez dès à présent le commander sur le site des Editions Romy Lopss : http://www.editions-romy-lopss.com/

 

 

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versolivrebaschung

 

Quatrième de couverture :

 

"Cheminer longtemps, résolument.

Avec douleur ou légèreté.

Tant d'histoires contées par mes proches,

tant de rencontres, de moments partagés,

tant d'errances pour enfin oser...

Oser poser mon regard sur leur passé,

mon histoire enchevêtrée à la leur.

Oser regarder en face ce mensonge qui

leur a permis de survivre.

Et entrevoir la vérité.

La mettre en mots pour lui donner des ailes...

Famille Baschung, j'écris pour nous."

 

 

 

EXTRAITS

 

Alain est venu au monde et Geneviève l’avait perdu avant même de le rencontrer.

Un arbre se penche inexorablement au-dessus de l’eau dans un mouvement infini pour atteindre l’autre rive. Ils y sont posés côte à côte, Alain et elle, si proches et si loin l’un de l’autre. Aucun geste, aucun regard ne les unit. Leur présence fugitive sur cette branche résonne d’une solitude vibrante. Une simple paroi, fine comme une indicible désespérance, les sépare, et pourtant l’errance et la vulnérabilité de l’une deviendra la création de l’autre, qui saura inventer une langue musicale ouvrant sur un partage artistique inouï.

 

 

 

Roger, ton père et ta mère t’avaient fait remarquer combien ton petit garçon dressait l’oreille dès qu’il entendait de la musique. Pour ses cinq ans, tu lui offris un petit harmonica, dont il ne fut pas peu fier. Il réussit très vite à en tirer quelques notes et il ne le quittait plus, le rangeant précautionneusement sous son oreiller pour dormir. Tu le regardais s’asseoir doctement sur les marches extérieures du porche et jouer inlassablement le même air jusqu’à obtenir sa réalisation parfaite. Seule la proposition d’une virée en vélo avec Robert pouvait le détourner de cette activité. Il glissait prestement son harmonica dans sa poche et sautait sur ton vélo rouge que tu lui avais offert pour ses dix ans. Quel drôle de petit garçon tu avais là ! Il pouvait se montrer tour à tour capable d’une concentration étonnante ou d’un total désintérêt, d’une grande vivacité ou d’une réserve qui te paraissait presque maladive. Tantôt capricieux, tantôt docile, tantôt silencieux, tantôt loquace, Alain se construisait au fil des mois et à chacune de tes visites, tu lui découvrais un nouveau talent.

 

 

 

 

 

Plus tard, lorsque tu partageais, Nanou, des moments d’intimité avec l’adolescente que je devenais et que d’un geste empreint de mélancolie se présentant dans toute la banalité de nos échanges, tu gardais longuement mes mains dans les tiennes, il m’est arrivé de ressentir ta profonde tristesse et de me demander de quel espoir se nourrissait encore ta vie ? Alain ne t’écrivait plus et venait de moins en moins te voir. Après son départ du foyer, tu avais repris le classement minutieux de ta correspondance et tu as poursuivi ta discrète descente aux enfers, jamais ivre, détruite de l’intérieur, perdue dans l’immensité de ta souffrance.